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Personnes
Personnes nb
Louis XIV 36
Marie-Thérèse d'Autriche 13
Autriche, Anne d’ 9
Noailles, Anne de 4
La Rochefoucauld, François VII de 4
La Vallière, Jean-François de La Baume Le Blanc, marquis de 4
Beauvilliers Saint-Aignan, François-Honorat de 3
Lorraine-Guise, Henri II de 3
Lorraine Armagnac, Henri de 3
Foix-Candale, Jean-Baptiste Gaston de 3
Coislin, Armand du Cambout, duc de 3
Daillon du Lude, Henri de 3
Aumont de Rochebaron, Louis-Marie-Victor d’ 3
Belleforière de Soyecourt, Charles Maximilien Antoine de 3
Humières, Louis de Crevant, marquis d' 3
Condé, Henri-Jules de Bourbon, duc d'Enghien, puis prince de 3
Bizincourt 1
Louis XIII 1
Philippe III, roi d'Espagne 1

 

Personnages
Personnages nb
[alcine] 18
[chevalier] 13
[apollon] 9
[roger] 8
[celie] 6
[pan] 5
[diane] 5
[melisse] 5
[dirce] 5
[page] 4
[quatre_siecles] 4
[le_printemps] 4
[renommee] 3
[oger_le_danois] 3
[astolphe] 3
[roland] 3
[quatre_saisons] 3
[l_ete] 3
[l_automne] 3
[l_hiver] 3
[musicien] 3
[mars] 2
[demon] 2
[geant] 2
[guidon_le_sauvage] 2
[aquilant] 2
[griffon_le_blanc] 2
[renaud] 2
[dudon] 2
[brandimart] 2
[richardet] 2
[olivier] 2
[ariodant] 2
[zerbin] 2
[le_temps] 2
[douze_heures] 2
[douze_zodiaque] 2
[vendangeur] 2
[charlemagne] 2
[amour] 2
[le_siecle_d_or] 2
[la_france] 1
[chevaliers] 1
[berger] 1
[jardinier] 1
[moissonneur] 1
[vieillard] 1
[les_plaisirs] 1
[les_jeux] 1
[les_ris] 1
[les_delices] 1
[victoire] 1
[hercule] 1
[bellone] 1
[le_siecle_d_airain] 1
[hymen] 1
[charles_quint] 1
[le_siecle_d_argent] 1
[le_siecle_de_fer] 1
[jardiniers] 1
[moisonneurs] 1
[vieillards] 1
[iphitas] 1
[princesse_d_elide] 1
[nain] 1
[maure] 1
[monstre] 1
[atlas] 1
[bradamante] 1

 

Lieux
Lieux nb
Versailles, Jardins de Versailles 6
France 3
Versailles 7
Espagne 1

 

Techniques
Techniques nb
Animaux et créatures 10
[musique] 9
Costumes 8
[construction] 7
[feux-artifice] 3
[machine_terre] 2
[lumieres] 2
[machine_vol] 2
[machine_musique] 1
[decor] 1
Bruitages 1
Jeux d’eaux 1

 

Écriture
Écriture nb
Devise 14
Épigramme 15
Madrigal 1
Quatrain 14
Sonnet 3
Vers 26

 

 

« Les plaisirs de l’isle enchantée, ordonnéz par Louis XIV, roy de France et de Navarre, à Versailles, le 6 may 1664, » par DE BIZINCOURT.

De Bizincourt
Chauveau François (1613-1676)
Petitot Jean (1607-1691)
Manuscrit relié aux armes du roi, Paris, BNF, Manuscrits, Ms. Français 7834
[p. 1]
LES PLAISIRS DE L’ISLE ENCHANTÉE ORDONNEZ PAR LOVIS XIV ROY DE FRANCE ET DE NAVARRE. A Versailles le 6 May 1664.
p. 2

AV ROY.

SIRE

VOSTRE MAIESTÉ a étably dans son Royaume vne Paix si profonde, que ceux de ses sujets que leur Naissance, & leur Condition destinent à la seruir dans ses Armées, auroient bien-tost oublié les Exercices de Mars, si elle n’en faisoit ses divertissemens ordinaires ; mais comme VOSTRE MAIESTÉ est égallement remplie de valeur & de prudence, apres qu’elle s’est seruy dans les commencemens des combats veritables, pour procurer le repos & l’abondance à ses peuples ; elle veut se seruir dans la suitte de la representation de ces mesmes combats pour empécher que, l’oisiueté qui accompagne ordinairement la Paix, ne fasse oublier le mestier de la Guerre. Les Braues de l’Isle flottante se sont presentez tout afait a propos à VOSTRE MAIESTE, pour l’aider en ce dessein ; car ceux de la terre ferme p. 3 se sont si mal trouuez de V. MAIESTÉ, lors qu’ils ont eu quelque chose a démeler auec elle par les armes, qu’ils auroient eü peine a paroîstre vne seconde fois deuant elle dans les Ieux qui ont quelque figure de combat : ces Heros mesme que la deliurance d’vne illustre captiuité deuoit auoir rendu intrepides, n’osent quasi se resoudre a paroistre dans Vôtre Cour, apprehendant auec justice que les charmes de la Reyne & des autres Dames dont elle est composée ne les engagent dans vn nouuel esclauage qui leur soit plus fácheux que le premier, parceque l’adresse & la galanterie de V. MAIESTÉ, estant infiniment au dessus de la leur, ils n’auront pas la consolation d’y passer comme ils feroient dans le Palais d’Alcine pour des captifs les plus adroits & les plus galants du monde : mais comme je considere dauantage le diuertissement de V. Majesté, que leur interest, je ne laisse pas de les produire aujourdhuy contre leur gré, pour luy seruir de Lustre, & afin que cette inegalité augmente sa gloire : l’impuissance dans laquelle je me vois d’y contribuer dans les grandes choses, m’oblige a recourir auec soin aux petites pour témoigner auec combien d’attachement & de respect je suis
SIRE
DE VOSTRE MAIESTÉ.

[p. 4]
AV ROY.
SONNET.
GRAND ROY, dont le mâle Courage
Fait si grand bruit de toutes parts,
Que celuy des douzes Cesars
En a moins fait durant leur âge.
Si je vous offre cét Ouurage
Où vous éclattez comme vn Mars,
Qui regarde tous les hazards
Sans jamais changer de visage.
Par vn noble trait de bonté
Commune à Vôtre Majesté,
Voyez-lè d’vn œil fauorable.
Et puisque c’est vôtre Tableau,
Monarque en tout incomparable
Que pouuez-vous voir de plus beau.
[p. 5]
Que la Nimphe a cent voix, fasse éclatter la vie.
Et monstre à nos nepueux, ce portrait sans egal,
S’ils s’estiment heureux, d’avoir une coppie
Nostre heur est bien plus grand d’auoir l’original.
[p. 6]
A LA REYNE MERE.
MADRIGAL.
REYNE que l’Vnivers admire,
Et qu’il a sujet d’amirer ;
Qui pourroit dignement écrire
Les douceurs qu’aux François vous faittes sauourer ;
Vous êtes la source feconde
De cette Paix dont tout le Monde
Par les soins de LOVIS joüit en seureté,
Et sans vostre vertu digne de récompence,
On peut dire auec verité,
Qu’on n’auroit jamais eu tant de bonheur en France,
De posseder un Roy si remply de bonté.
[p. 7]
A LA REYNE.
EPIGRAMME.
Quoy que vótre beauté répande des lumieres
Capables d’éblouïr le Soleil de la Cour,
Qoy que vótre vertu vous attire l’amour
Et l’admiration des Prouinces entieres,
Que vous soyez du Rang de tant de demy-Dieux,
Qui porterent souz Mars leur gloire en tant de lieux,
Et firent dans ses Champs des Actes heroïques,
REYNE qui presidez dessus nos Fleurs de LIS,
Ie prise moins en vous ces Titres magnifiques,
Que le Titre fameux d’Epouse de LOVIS.
[p. 8]
LOVIS DE BOVRBONMARIE THERESE"
LOVIS DE BOVRBONMARIE THERESE"
Que nous marque ce Chiffre en qui l’Amour assemble
Le beau Nom de Therese & du Dieu de nos LIS,
Sinon que comme ils font étroittement vnis,
Leurs cœurs étroittement seront vnis ensemble.
p. 9

AVANT-PROPOS.

Les charmes d’Alcine, qui n'auoit pas moins de beauté que de sçavoir, retenant auprés d’elle, par vn double enchantement, le braue Roger, & plusieurs autres vaillans Chevaliers : toutes ses pensées ne s’occuperent plus qu’à empescher leur fuitte, pour faire durer ses plaisirs : elle joignit à la force, & à la situanon de son Palais, le pouuoir de ses Demons, la fierté de ses Geans & celle de ses bestes farouches, mais elle n’eut pas moins de confiance aux diuertissemens des promenades, de la dance, des tournois, des festins, de la comedie & de la musique. Et comme elle auoit autant d’Amans que de Captifs, & qu’ils ne pensoient tous qu’à luy plaire ; ces illustres Guerriers font vne partie de Course de bague, & prenant pour sujet les Ieux Pythiens, auxquels Apollon presidoit, ils font leur entrée dans la Lice, auec tous les ornemens dont ils peuuent l’accompagner, dans le plus beau lieu que la Nature & l’Art ayent jamais formé, & embelly pour le plaisir de la vie : mais cette belle Magicienne, de qui les enchantemens estoient d’vne force prodigieuse, n’estant pas satisfaitte que sa puissance parust en un seul endroit de la Terre ; afin de porter en tous lieux le triomphe de sa beauté, par les hommages de ses Cheualiers a rendu son Île flottante : & après auoir visité plusieurs Climats, elle la fait aborder en France, où par le respect & l’admiration que luy causent les rares Qualitez de la Reyne ; elle ordonne à ces Guerriers de faire en faueur de sa Majesté, tout ce qu’ils auront pû inuenter pour luy plaire par leur adresse, & par leur magnificence : elle ordonne à onze de ses Chevaliers de se préparer pour cet effet, lesquels commencerent ces diuertissemens par la Course de bague & entrerent dans le Champ dans cet ordre.

p. 10

LA MARCHE DES CHEVALIERS DANS LA LICE.

Vn Héraut d’Armes accompagné du Page de Roger, Chef de la Quadrille, portant la lance & l’écu de sa deuise, entra dans le Champ suivy de deux autres Pages, de celuy de Guidon le sauuage, Maréchal de Camp, & de celuy d’Oger le Danois, Iuge des Courses, portans les lances & les écus de leurs Maîtres.

M.r le Duc de S.t Aignan souz le nom de Guidon le sauuage, parut precedé de quatre Trompettes & deux Timballiers, huit autres Trompettes & deux Timballiers deuançoient le Roy representant Roger, suiuy de M.r le Duc de Noailles nommé Oger le Danois.

En suitte les Chevaliers entrerent deux à deux, M.rs le Duc de Guise representant Aquilant, & le Comte d’Armagnac, Griffon le blanc.

M.rs les Ducs de Foix souz le nom de Renaud, & de Coislin souz celuy de Dudon.

M.rs le Comte du Lude representant Astolphe, & le Prince de Marsillac, Brandimart.

M.rs les Marquis de Villequier nommé Richardet, & de Soyecourt, Oliuier.

M.rs les Marquis d’Humieres souz le Nom d’Ariodant, & la Valliere qui a remporté le prix de cette Course, souz celuy de Zerbin.

M.r le Duc representant Roland.

Tous ces Cheualiers entrez dans le Champ, Apollon parut sur vn Char, conduit par le Temps ; ayant à ses pieds les quatre Siecles, enuironné des douze heures du jour & des douze Signes du Zodiaque. En suitte marcherent les Pages des Cheualiers portans leurs lances & les ecus de leurs deuisez vingt Pasteurs parurent chargez de diuerses pieces de la Barriere, dont la Lice deuoit estre fermée pour la dresser en vn moment, ils entrerent p. 11tous par l’vn des quatre Portiques, qui aboutissent aux quatre auenuës du Camp & après qu’ils eurent fait le tour, ils s’arrêterent deuant les Reynes, Apollon & les quatres Siecles reciterent quelques vers à la loüange de la Reyne. En suitte la Course de bague se fit, & la nuit survenant, les enuirons de l’Île enchantée brillerent d’vn nombre infiny de lumieres, & l’on vit entrer dans la même place trente quatre concertans precedans les quatres Saisons, le Printemps monté sur vn Cheval d’Espagne accompagné de douze Iardiniers; l’Eté monté sur vn Elephant suiuy de douze Moissonneurs ; l’Automne sur vn Chameau auec douze Vandangeurs, & l’Hyuer sur vn Ours & pour sa suitte douze Vieillards : Pan & Diane parurent ensuitte sur vne Machine portée en l’Air & vn concert de Musique se fit entendre en même temps, puis suiuirent vingt quatre de leur suitte portant les viandes de la menagerie & les viandes de la chasse, puis dix huit Pages qui seruirent les Dames à la collation ; toute cette Trouppe rangée les quatre Saisons, Pan & Diane se presenterent deuant la Reyne & luy dirent plusieurs vers, après quoy vne table ornée de festons parut & fut couuerte par les Plaisirs, les Ieux, les Ris & les Delices, ce qui finit les diuertissemens de l’Île enchantée pour ce premier jour.

[p. 12]

VICTRICIBVS ARMIS
LODOICI
FRANCORVM IMPERATORIS.

LVDOVICVS XIV. foelicitati Nationum datus, Regum decus, humanae Gentis delitiae, hostium terror, suorum desiderium, omnium admiratio.

[p. 13]

LVDOVICVS XIIII.
FRANCORVM IMPERATOR
AUGVSTISSIMVS.

Aduersariis mari terraque deuictis, latè prolatis finibus, firmatis vbique terrarum sociis, pace suis legibus orbi sancita.

NE QVID CESSARET HEROICA VIRTVS PALESTRICAM VICTORIAM NON DEDIGNATVR.

[p. 14]
[p. 15]
A MONSIEVR LE DVC DE S.T AIGNAN.
EPIGRAMME.
Par tout où paroist ce grand Homme
Il s’y fait toujours admirer ;
S’il eust êté du temps de Rome
Rome l’auroit fait adorer ;
Il est cent Dieux dedans l’Histoire
Dont elle a celebré la gloire
Qu’on connoist encore aujourdhuy,
Qui ne meritoient pas d’être Dieux comme luy.
[p. 16]
FRANÇOIS DE BEAUVVILLIER.

François de Beauuillier Duc de St. Aignan, Cheualier des Ordres du Roy, Duc & Pair de France, Gouuerneur de Tourraine, ville & Chasteau de Loches, & Premier Gentilhomme de la Chambre du Roy.

[p. 17]
DE MIS GOLPES MI RVIDO.
GVIDON LE SAVVAGE.
Les Combats que j’ay faits dans l’Isle dangereuse
Quand de tant de Guerriers je demeuray vainqueur,
Suiuis d’une épreuue amoureuse,
Ont signalé ma force aussi bien que mon cœur.
La vigueur qui fait mon estime,
Soit qu’elle embrasse vn party legitime,
Ou qu’elle vienne à s’échapper ;
Fait dire pour ma gloire aux deux bouts de la Terre,
Qu’on n’en voit point en toute Guerre,
Ny plus souuent, ny mieux frapper.
[p. 18]
AV ROY.
EPIGRAMME.
SI Roger s’acquît de la gloire
Parmy les braues de son temps,
Par quelques Exploits éclattans
Que nous raconte son Histoire ;
Que ne doit-on pas croire vn jour
De ce bel Astre de la Cour,
LOVIS, le plus grand Roy du Monde,
Puis qu’il a fait luy seul plus d’illustres Exploits
Que tous ces Preux, errans sur la Terre & sur l’Onde.
Et plus que deuant luy n’ont fait soixante Roys.
[p. 19]
NEC CESSO, NEC ERRO..
ROGER.
Ce n’est pas sans raison, que la Terre & les Cieux,
On tant d’étonnement pour vn Objet si rare ;
Qui dans son cours penible autant que glorieux,
Iamais ne se repose, & jamais ne s’égare.
[p. 20]
LOVIS XIV.

DIEV-DONNÉ, Roy de France & de Nauarre, Chef & Souuerain Grand Maistre de l’Ordre du S.t Esprit, Fils de Louis le Iuste 13. du Nom aussi Roy de France & de Navarre, & de la Reyne, Fille de Philippe 3. Roy d’Espagne.

[p. 21]
A MONSIEVR LE DVC DE NOAILLE.
SONNET.
Il est aussy vaillant que son Ame est fidelle,
Il ose & tente tout pour bien seruir son Roy,
De ses ordres frequens il s’en fait vne loy,
Qu’en faisant observer, il observe auec zele.
Tout ce qui peut donner une gloire immortelle,
Ce genereux Seigneur le possede dans soy,
La Cour en est charmée, & l’on sçait comme moy
Qu’il est de ses vertus vn illustre Modelle.
Il est propre au Conseil, à la Plume, au Combat
Souz le faix des trauaux jamais il ne s’abat,
Il est actif en Paix, il est actif en guerre.
Et si de nos Heros on en faisoit des Dieux
NOAILLE auroit bientôt plus d’Autels sur la Terre,
Qu’on ne voit d’icy bas d’étoilles dans les Cieux.
[p. 22]
ANNE DE NOAILLE.

Comte d’Ayent, Marquis de Montelar, & de Chambrés, Baron de Malemore, & Charbonnieres, Duc & Pair de France, Cheualier des Ordres du Roy ; Premier Capitaine des Gardes du Corps de Sa Majesté, Gouuerneur & Lieutenant general pour Sa Majesté des Comtez de Roussillon, de Conflans, & partie de Sardaigne, Capitaine general desdits Pays.

[p. 23]
FIDELIS ET AUDAX.
OGER LE DANOIS.
Ce Paladin s’applique à cette seule affaire
De seruir dignement le plus puissant des Roys,
Comme pour bien juger il faut sçavoir bien faire,
Ie doute que personne appelle de sa voix.
[p. 24]
A MONSIEVR LE DVC
EPIGRAMME
Dedans le poste où je le vois
Aupres du plus grand de nos Roys
Et l’esperance qu’il nous donne
Estant bien fait de sa personne
Brûlant de si noble chaleur
Qu’il paroist la mesme valeur,
Vn oracle secret m’anime & me suggere
De dire dans ces vers que ce jeune Vainqueur
Dans le Mestier de Mars supassera son Pere.
[p. 25]
LOVIS IVLES DE BOVRBON.

Duc d’Anguien, Prince de Sang, Grand Maistre de France, & Chevalier des Ordres du Roy.

[p. 26]
CERTÒ FERIT.
ROLAND
Roland fera bien loin son grand Nom retentir,
La gloire deuiendra sa fidele Compagne,
Il est sorty d’vn Sang qui brûle de sortir
Quand il est question de se mettre en Campagne,
Et pour ne vous en point mentir,
C’est le pur Sang de Charlemagne.
[p. 27]
[p. 28]
A MONSIEVR LE DVC DE GVISE.
EPIGRAMME.
Quand dedans le champ des combats
Il estoit besoin de combattre,
Comme son bras en valloit quatre
Il en mettoit plusieurs à bas ;
Et lorsque dans vne carrière
Il falloit battre la poussiere
Il y tromphoit des premiers ;
Ainsy se rendant necessaire,
Pourueu qu’il s’agit de Lauriers,
Il étoit vn Prince à tout faire.
[p. 29]
HENRI DE LORRAINE.

Duc de Guise, Pair de France.

[p. 30]
ET QVIENSCENTE PAVESCVNT.
AQVILANT LE NOIR.
La Nuit a ses beautez de mesme que le Iour,
Le noir est ma couleur, je l’ay toûjours aimée
Et si l’obscurité conuient à mon amour,
Elle ne s’estend pas jusqu’à ma renommée.
[p. 31]
A MONSIEVR LE COMTE D’ARMAGNAC.
EPIGRAMME.
Vit-on dedans l’Antiquité,
Vn Heros qui luy fût semblable,
Mars dans vn grand combat seroit moins redoutable,
Et n’auroit pas l’activité
Qu’en cette Course incompable
Il fait voir à sa Masjesté.
[p. 32]
LOVIS DE LORRAINE.

Comte d’Armagnac, pourueu en suruiuance de la charge de Grand Escuier de France & du gouuernement d’Anjou.

[p. 33]
EX CANDORE DECVS.
GRIFFON LE BLANC.
Voyez quelle candeur en moy le Ciel a mis,
Aussi nulle beauté ne s’en verra trompée,
Et quand il sera temps d’aller aux ennemis,
C’est où je me feray tout blanc de mon espée.
[p. 34]
A MONSIEVR LE DVC DE FOIX.
EPIGRAMME.
Tes nobles Qualitez & ta haute Naissance
Ne te font pas aimer seulement de la Cour,
Il n’est point de grand cœur dans le sein de la France
Qui ne joigne pour toy le respect à l’amour
Mais surtout ce qui te doit plaire
C’est que LOVS te considere ;
Auantage pour toy cent fois plus glorieux ;
Puisque dans le Siecle où nous sommes
C’est peu d’être estimé des Hommes,
Au prix d’être estimé des Dieux.
[p. 35]
GASTON DE FOIX.

Comte de Foix & de Candale.

[p. 36]
LONGÈ LEVIS AVRA FERET.
RENAVD.
Il porte vn Nom celebre, il est jeune, il est sage,
A vous dire le vray c’est pour aller bien haut,
Et c’est vn grand bonbheur que d’auoir à son âge
La chaleur necessaire, & le flegme qu’il faut.
[p. 37]
A MONSIEVR LE DVC DE COISLIN.
EPIGRAMME.
De la maniere qu’il s’y prend
Ce Duc que le France reuere,
Il fait voir qu’il sera plus grand
Que ne le fut jamais son Pere,
S’il faut qu’vn jour dans les combats
Il fasse agir son jeune bras.
On le craindra comme vn tonnerre ;
Ce ne sont icy que des Ieux,
Cependant il y fait ce qu’vn Foudre de guerre
À peine pourroit faire en vn choc perilleux.
[p. 38]
ARMAND DV CAMBOVLT.

Chevalier Duc de Coislin, Baron de Pont-chasteau, & de la Rochebernal, Comte de Cresy, du Cambout, & autres lieux, Pair de France, Conseiller du Roy en ses Conseils, Lieutenant general pour sa Majesté en la basse Bretagne, &c.

[p. 39]
SPLENDOR AB OBSEQVIO
DVDON.
Trop auant dans la gloire on ne peut s’engager,
I’auray vaincu sept Roys, & par mon grand Courage,
Les verray tous soumis au pouuoir de Roger,
Que je seray pas content de mon Ouurage.
[p. 40]
A MONSIEVR LE COMTE DV LVDE.
EPIGRAMME.
Ce Nom d’vn Braue qu’on te donne
Fut cent fois moins braue que toy,
Et je m’en rapporte à mon Roy
Qui sçait ce que vaut ta Personne ;
S’il pouuoit renaître aujourdhuy
Et qu’il fallût que contre luy
Tu mesurasses ton êpée ;
Astolphe seroit bien surpris,
Et mon Ame seroit trompée
S’il ne t’abandonnoit le prix.
[p. 41]
HENRI DE DAILLON.

Comte du Lude & de Pongibaut, Cheualier des Ordres du Roy, Marquis d’Iliers & de Bouïllé, Baron de Briançon, Premier Gentilhomme de la Chambre du Roy, Gouuerneur des ville, chasteaux & parcs de St. Germain en Laye.

[p. 42]
NON FIA MAI SCIOLTO.
ASTOLPHE.
De tous les Paladins qui sont dans l’Vnivers,
Aucun n’a pour l’amour l’ame plus échauffée
Entreprenant toûjours mille projets divers,
Et toûjours enchanté par quelque jeune Fée.
[p. 43]
A MONSIEVR LE PRINCE DE MARSILLAC
EPIGRAMME.
Tel qu’il triomphe glorieux
Dans cette fameuse Carriere,
Tel feroit-il voler aux yeux
Dans les Champs de Mars, la poussiere.
Ce Prince qui descend du beau Sang des Heros
Ne peut demeurer en repos
Dans la Paix comme dans la Guerre ;
Et comme ce grand cœur est né pour les combats,
LOVIS, le plus grand Roy qui soit dessus la Terre,
Prend plaisir d’exercer son bras.
[p. 44]
FRANÇOIS DE LA ROCHEFOVCAULT.

Prince de Marsillac.

[p. 45]
CHIETO FVOR COMMOTO DENTRO.
BRANDIMART.
Mes vœux seront contens, mes souhaits accomplis,
Et ma bonne fortune à son comble arriuée,
Quand vous sçaurez mon zele, aimables Fleurs de LIS,
Au milieu de mon cœur profondement grauée.
[p. 46]
A MONSIEVR LE MARQVIS DE VILLEQVIER
EPIGRAMME.
Fort peu de Seigneurs aujourd’huy
Ont autant d’adresse que luy,
Il sçait gagner le cœur de Mars & de Bellone,
L’vn donne à sa Valeur mille marques d’amour,
L’autre de cent Lauriers le pare & le couronne,
Eprise des vertus que sa rare Personne
Fait briller à la Cour.
[p. 47]
LOVIS MARIE DAVMONT ROCHEBARON.

Marquis de Villequier & de Posé, Comte de Berzé, Baron de Chaps, Rostaillé, Cenues, Ioncy, Seigneur de Molinotte, Aubigny, la Ronce, Rains, Lis, la Mothe, Marquise, & autres lieux, Conseiller du Roy en ses Conseils, Capitaine des Gardes du Corps du Roy ; Gouuerneur & Lieutenant general pour le Roy à Boulongne & Pays Boulonnois.

[p. 48]
VNI MILITAT ASTRO.
RICHARDET.
Personne comme moy n’est sorty galamment
D’vne intrigue où sans doute il falloit quelque adresse,
Personne à mon áuis plus agreablement
N’est demeuré fidelle en trompant sa Maistresse.
[p. 49]
A MONSIEVR LE MARQVIS DE SOYECOURT.
EPIGRAMME.
Ce n’est pas sans raison que sa force connuë
Prend pour Deuise vne Massuë,
Hercule, s’il regnoit n’en seroit point jaloux ;
Ce Marquis est doüé de Qualitez aimables,
Et l’on sçait entre nous
Qu’il n’est point de Heros, qui n’aiment leurs semblables.
[p. 50]
MAXIMILIEN ANTOINE DE BELLEFORIERE.

Marquis de Soyecourt, de Roye, & de Guerbigny, Comte de Thissaulon, & de Tupigny, Baron de la Neuuilleroy, d’Hytre & d’Hyron, Seigneur de Carpuy, Conchy, Saucourt, &c. Chevalier des Ordres du Roy, Conseiller en tous ses Conseils, & Grand Maistre de la Garderobe du Roy.

[p. 51]
VIX AEQVAT FAMA LABORES.
OLIVIER.
Voicy l’honneur du Siecle, auprés de qui nous sommes,
Et mesme les Geants, de mediocres Hommes,
Et ce franc Cheualier, à tout venant tout prest
Toûjours pour quelque jouxte a la lance en arrest.
[p. 52]
A MONSIEVR LE MARQVIS D’HVMIERES.
EPIGRAMME.
Quand ton bras aussy fort que ton adresse est forte
Agit dans vn Combat ou dedans vn Tournoy,
Braue Marquis, on dit de toy
Ce Guerrier est vaillant comme l’acier qu’il porte.
[p. 53]
LOVIS DE CREVANT DHVUMIERES.

Marquis d’Humieres & de Mouchy, Vicomte de Brigueil, premier Baron de Touraine, Conseiller du Roy en ses Conseils, Capitaine des Cent Gentilshommes de sa Majesté, Gouuerneur & Lieutenant general pour sadite Majesté en la Prouince de Bourbonnois, Gouuerneur particulier de Moulins, & des ville & chasteau de Compiegne, & Lieutenant general en ses Armées.

[p. 54]
NO QVIERO MENOS.
ARIODAN.
Ie tremble dans l’accez de l’amoureuse fiévre ;
Ailleurs sans vanité je ne tremblay jamais,
Et ce charmant objet l’adorable Généure
Est l’unique vainqueur à qui je me soumets.
[p. 55]
A MONSIEVR LE MARQ. DE LAVALLIERE.
EPIGRAMME.
Qui se doit étonner si ce braue Marquis.
Dans cette Course illustre est couronné de gloire ?
Par sa Valeur il s’est acquis
Tant d’estime chez la Victoire
Qu’elle l’aime comme son Fils.
[p. 56]
A MONSIEVR LE MARQVIS DE LA VALLIERE.

VICTORIEVX DANS CETTE LICE.

SONNET.
Qvelques fameux Lauriers que dispense la Gloire
Elle n’en a pas vn digne de tes Exploits,
Et tout ce qu’elle peut, c’est d’employer sa voix
A publier par tout ton illustre victoire.
Ces glorieux Heros qui viuent dans l’Histoire
Pour auoir triomphé dans les anciens Tournois
Epris de ta valeur digne d’vn cœur François
T’abandonnent leur place au Temple de mémoire.
Mais illustre Heros, si ces braues Gueriers
Te cedent les honneurs, te cedent les Lauriers,
Pour vn premier essay que la Cour t’a veu faire.
Quand tu suiuras LOVIS dans les plus grands combats
Où ton bras quelque jour luy sera necessaire,
Charmez de tes trauaux que ne seront-ils pas ?
[p. 57]
EPIGRAMME.
Si la France brûle d’amour
Pour ce Nom qu’elle veut eterniser un jour,
Si Bellone & l’Amour, Mars & la Renommée
Déja dans l’Vnivers ont sa gloire semée,
Et le couronnant tour a tour
Animent le Tambour, la Trompette, & le Fifre ;
C’est qu’ils sçauent bien qu’à la Cour
Ce Nom n’est pas vn Nom en chiffre.
IEAN FRANÇOIS DE LA BAVME LE BLANC.

Chevalier, Seigneur, Marquis de la Valliere, de Reugny & de Boissé ; Baron de la Papelardiere & autres lieux ; Cornette & Commandant les Chevaux legers de Monseigneur le Dauphin, Lieutenant pour le Roy au Gouuernement d’Amboise.

[p. 58]
HOC IVVAT VRI.
ZERBIN.
Quelques beaux sentimens que la gloire nous donne,
Quand on est amoureux au souuerain degré,
Mourir entre les bras d’vne belle Personne,
Est de toutes les morts la plux douce à mon gré.
[p. 59]
p. 60

VERS D’APOLLON ET DES QVATRE SIECLES A LA REYNE .

LE SIECLE D’AIRAIN À APOLLON.

Brillant Pere du jour, toy de qui la puissance
Par ses diuers aspects nous donna la naissance ;
Toy l’espoir de la Terre, & l’ornement des Cieux;
Toy le plus necessaire & le plus beau des Dieux;
Toy dont l’actiuité, dont la bonté suprême
Se fait voir & sentir en tous lieux par soy-même :
Dis-nous par quel destin, ou par quel nouueau choix
Tu celebres tes Ieux aux riuages François.
p. 61

REPONCE D’APOLLON.

Si ces lieux fortunez ont tout ce qu’eut la Grece
De gloire, de valeur, de merite et d’adresse;
Ce n’est pas sans raison qu’on y voit transferez
Ces Ieux, qu’à mon honneur la Terre a consacrez.
I'ay toujours pris plaisir à verser sur la France
De mes plus doux rayons la benigne influence :
Mais le charmant objet qu’Himen y fait regner,
Pour elle maintenant me fait tout dédaigner.
Depuis vn si long temps que pour le bien du Monde
Ie fais l’immense tour de la Terre & de l’Onde,
Iamais je n’ay rien veu si digne de mes feux,
Iamais vn Sang si noble, vn coeur si genereux,
Iamais tant de lumiere auec tant d’innocence ;
Iamais tant de jeunesse auec tant de prudence;
Iamais tant de grandeur auec tant de bonté;
Iamais tant de sagesse auec tant de beauté.
Mille Climats diuers qu’on vit souz la puissance
De tous les demy-Dieux dont elle prit naissance,
Cedant à son merite autant qu’à leur deuoir,
Se trouueront vn jour vnis sous son pouuoir.
Ce qu’eurent de grandeurs & la France, & l’Espagne,
Les droits de Charles Quint, les droits Charlemagne,
En Elle auec leur Sang heureusement transmis,
Rendront tout l’Vnivers à son Throne soumis :
Mais vn Titre plus grand, vn plus noble partage
Qui l’éleue plus haut, qui luy plaist davantage,
Vn Nom qui tient en soy les plus grands noms vnis,
C'est le Nom glorieux d’Epouse de LOVIS.
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LE SIECLE D'ARGENT AV SIECLE D’OR.

Quel destin fait briller auec tant d’injustice
Dans le Siecle de fer un Astre si propice.

RÉPONCE DV SIECLE D'OR.

Ah ! ne murmure point contre l’ordre des Dieux.
Loin de s’enorgueIllir d’vn don si precieux,
Ce Siecle, qui du Ciel a merité la haine
En déuroit augurer sa ruine prochaine,
Et voir qu’vne vertu qu’il ne peut suborner,
Vient moins pour l’anoblir que pour l’exterminer.
Si tôt qu’elle paroist dans cette heureuse Terre,
Voy comme elle en bannit les fureurs de la guerre :
Comment depuis ce jour d’infatigables mains
Trauaillent sans reláche au bonheur des Humains;
Par quels secrets ressorts vn Heros se prépare,
A chasser les horreurs d’un Siecle si barbare,
Et me faire reuiure auec tous les plaisirs,
Qui peuuent contenter les innocens desirs.
p. 63

LE SIECLE DE FER À APOLLON.

Ie sçay quels ennemis ont entrepris ma perte,
Leurs desseins sont connus, leur trame est découuerte,
Mais mon cœur n’en est pas à tel point abbatu.

RÉPONCE D’APOLLON.

Contre tant de grandeur, contre tant de vertu,
Tous les Monstres d’Enfer vnis pour ta deffence
Ne feroient qu’vne foible & vaine resistance,
L’Vnivers opprimé de ton joug rigoureux,
Va goûter par ta suitte un destin plus heureux ;
Il est temps de ceder à la loy souueraine,
Que t’imposent les voeux de cette auguste Reyne;
Il est temps de ceder aux trauaux glorieux
D'vn Roy fauorisé de la Terre et des Cieux ;
Mais icy trop long temps ce different m’arrête,
À de plus doux combats cette Lice s’apprête,
Allons la faire ouurir, & ployons des Lauriers,
Pour couronner le front de nos fameux Guerriers.
[p. 64]
p. 65

VERS DES QVATRE SAISONS À LA REYNE .

LE PRINTEMS.

Entre toutes les Fleurs nouuellement écloses,
Dont mes jardins sont embellis,
Méprisant les jasmins, les oeillets & les roses,
Pour payer mon tribut j’ay fait choix de ces LIS,
Que de vos premiers ans vous auez tant cheris ;
LOVIS les fait briller du Couchant à l'Aurore,
Tout l’Vnivers charmé les respecte & les craint;
Mais leur Regne est plus doux & plus puissant encore,
Quand ils brillent sur vótre teint.

L’ÊTÉ.

Surpris vn peu trop promptement,
I'apporte à cette Fête vn leger ornement ;
Mais auant que ma Saison passe,
Ie feray faire à vos Guerriers,
Dans les campagnes de la Thrace,
Vne ample moisson de Lauriers.
p. 66

L'AVTOMNE.

Le Printemps orgueïlleux de la beauté des fleurs
Qui luy tomberent en partage,
Prétend de cette Fête auoir tout l’auantage,
Et nous croit obscurcir pas ses viues couleurs ;
Mais vous vous souuiendrez, Princesse sans seconde,
De ce Fruit precieux qu’a produit ma Saison,
Et qui croist dans vótre maison,
Pour faire quelque jour les delices du Monde.

L'HYVER.

La neige, les glaçons que j’apporte en ces lieux,
Sont des mets les moins precieux,
Mais ils sont des plus necessaires,
Dans une Fête où mille objets charmans,
De leurs oeillades meurtrieres,
Font naître tant d’embrazemens.
[p. 67]
p. 68

VERS DE PAN ET DE DIANE À LA REYNE.

DIANE.

Nos Bois, nos Rochers, nos Montagnes,
Tous nos Chasseurs, & mes Compagnes,
Qui m’ont toujours rendu des honneurs souuerains ;
Depuis que parmy nous ils vous ont veu paroistre,
Ne veulent plus me reconnoistre,
Et chargez de presens viennent auecque moy
Vous porter ce tribut pour marque de leur foy.
Les Habitans legers de cet heureux bócage,
De tomber dans vos rets font leur sort le plus doux,
Et n’estiment rien davantage,
Que l’heur de perir de vos coups ;
Amour dont vous auez la grace & le visage,
A le même secret que vous.

PAN.

Ieune Divnité, ne vous étonnez pas,
Lorsque nous vous offrons en ce fameux repas
L'élite de nos bergeries :
Si nos troupeaux goûtent en paix
Les herbages de nos prairies,
Nous deuons ce bonheur à vos divins attraits.
[p. 69] [p. 70]
LES PLAISIRS DE L’ÎLE ENCHANTÉE
Du second & troisiéme Iour.
p. 71

AVANT-PROPOS.

Le braue Roger, & les fameux Guerriers de sa Quadrille auoient trop bien reüssy aux Courses qu’ils auoient faittes dans l’Île enchantée ; & la Magicienne qui les auoit conuiez à en diuertir vne grande Reyne, auoit receu trop de satisfaction de cette galanterie, pour n’en desirer pas la continuation : ces Cheualiers luy donnent donc le plaisir de la Comedie : comme ils auoient entrepris les Courses souz le nom des Ieux Pythiens & armez à la Grecques, ils ne sortent pas de leur premier dessein, lorsque la Scene est en Elide, c’est-là qu’vn Prince d’humeur magnifique & galante, ayant vne Fille aussy naturellement ennemie de l’amour, qu’ornée de tous les dons qui la rendent aimable, propose des Ieux d’exercices, des courses de chariots, & des chasses, croyant que la magnificence des premiers, & le diuertissement de l’autre, où l’adresse & le courage se font remarquer, feront choisir parmy les diuers Princes qu’il y auoit conuiez vn Amant à sa Fille, qui soit digne d’elle. Il y reüssit heureusement, & l’intrigue de la Comedie estant de soy fort galante, est encore augmentée par des concerts, des recits, & des entrées de ballet, qui entrent bien dans le sujet, & le rendent fort agreable, ce qui fit le diuertissement du second jour.

Mais le Ciel ayant resolu de donner la liberté à tant de braues Guerriers retenus dans l’Île enchantée d’Alcine, par la fin de ses charmes & la ruine de son Palais, cette belle Magicienne est troublée par des prodiges & des songes, qui luy presagent son malheur prochain : en cette inquietude elle vient au bas du Lac portée par vn Monstre marin accompagnée de deux de ses Nymphes, & mêle à des plaintes de l’état où elle se trouue les loüanges de la Reyne Mere par des vers qu’elle luy dit.

p. 72

Cependant vn Chœur de plusieurs Instrumens se fait entendre sur deux Îles situées aux deux cotez du Palais d’Alcine. Vn nombre de Musiciens paroist qui font vne charmantte armonie, cependant que le Palais s’ouure, duquel sortent quatre Geans & quatre Nains commis à la garde de ce lieu considerable par sa situation & sa force, ce qui fait la premiere entrée du Ballet : laquelle finie huit Maures chargez par Alcine de la garde du dedans paroissent en faire vne exacte visite auec chacun deux flambeaux à la main, ce qui fait la seconde entrée. La troisiéme entrée fait proistre six Cheualiers qu’Alcine retenoit auprés d’elle, tenter par vn depit amoureux la sortie de ce Palais, mais il sont vaincus après vn rude combat par autant de Monstres. Dequoy Alcine alarmée de cet accident, inuoque de nouueau tous ses Espris, & leur demande secours : il s’en presente deux pour la quatrie entrée, qui font des sauts auec vne force & agilité merueilleuse. Six autres Demons dans la cinquiéme entrée viennent encore asseurer la Magicienne qu’ils n’oubliront rien pour son repos. Mais à peine commence-t-elle à se r’asseurer qu’elle voit paroistre auprés de Rogerla sage Melisse souz la forme d’Atlas ; elle court pour empécher l’effet de son intention, mais elle arrive trop tard : Mélisse a déjà mis au doigt de ce braue Chevalier la fameuse bague qui détruit les enchantemens ; lors vn coup de tonnerre, suiuy de plusieurs éclairs, marque la destruction du Palais, qui s’est aussy tôt reduit en cendre par vn feu d’artifice, qui finit cette sixiéme entrée & met fin à cette avanture & aux diuertissemens de l’Île enchantée.

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VERS D’ALCINE, DE CELIE ET DE DIRCÉ A LA REYNE MERE.

ALCINE À CELIE ET DIRCÉ.

Vous à qui je fis part de ma felicité,
Pleurez auecque moy dans cette extremité.

CELIE.

Quel est donc le sujet des soudaines alarmes,
Qui de vos yeux charmans font couler tant de larmes.

ALCINE.

Si je pense en parler, ce n’est qu’en fremissant.
Dans les sombres horreurs d’vn songe menaçant,
Vn spectre m’auertit, d’vne voix éperduë,
Que pour moy des Enfers la force est suspenduë ;
Qu'vn celeste pouuoir arrête leur secours,
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Et que ce jour sera le dernier de mes jours.
Ce que versa de triste au point de ma naissance
Des Astres ennemis, la maligne influence,
Et tout ce que mon Art m’a prédit de malheurs,
En ce songe fut peint de si viues couleurs,
Qu'à mes yeux éueillez sans cesse il represente
Le pouuoir de Melisse & l’heur de Bradamante.
I’avois preueu ces maux, mais les charmans plaisirs,
Qui sembloient en ces lieux preuenir nos desirs ;
Nos superbes Palais, nos Iardins, nos Campagnes,
Agreable entretien de nos cheres Compagnes,
Nos jeux & nos chansons, les concerts des oiseaux,
Le parfum des zephirs, le murmure des eaux,
De nos tendres amours les douces auantures,
M'auoient fait oublier ces funestes augures ;
Quand le Songe cruel, dont je me sens troubler,
Auec tant de fureur les vint renouueller.
Chaque instant je crois voir mes forces terrassées,
Mes Gardes égorgez & mes prisons forcées ;
Ie crois voir mille Amans, par mon Art tranformez,
D'vne égale fureur à ma perte animez :
Quitter en même temps leurs troncs et leurs feuïllages,
Dans le juste dessein de vanger leurs outrages,
Et je crois voir enfin mon aimable Roger
De mes fers méprisez, prest à se dégager.

CELIE.

La crainte en vostre esprit s’est acquis trop d’empire.
Vous regnez seule icy, pour vous seule on soupire;
Rien n’interrompt le cours de vos contentemens.
Que les accens plaintifs de vos tristes Amans:
Logistile, & ses Gens chassez de nos campagnes,
Tremblent encor de peur, cachez dans leurs montagnes;
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Et le nom de Melisse, en ces lieux inconnu,
Par vos augures seuls jusqu’à nous est venu.

DIRCÉ.

Ah ! ne nous flattons point ce Phantóme effroyable
M’a tenu cette nuit vn discours tout semblable.

ALCINE.

Helas ! de nos malheurs qui peut encor douter.

CELIE.

I'y vois vn grand remede & facile à tenter :
Vne Reyne paroist, dont le secours propice,
Nous sçaura garantir des efforts de Melisse ;
Par tout de cette Reyne on vante la bonté.
Et l’on dit que son coeur, de qui la fermeté,
Des flots les plus mutins meprisa l’insolence,
Contre les voeux des siens est toujours sans deffense.

ALCINE.

Il est vray je la vois, en ce pressant danger
À nous donner secours tachons de l’engager :
Disons luy qu’en tous lieux la voix publique étale
Les charmantes beautez de son Ame Royale ;
Disons que sa vertu plus haute que son Rang
Sçait releuer l’éclat de son auguste Sang,
Et que de nostre Sexe elle a porté la gloire
p. 77
Si loin, que l’auenir aura peine à le croire;
Que du bonheur public son grand coeur amoureux
Fit toujours des perils un mépris génereux;
Que de ses propres maux, son Ame à peine atteinte,
Pour les maux de l’État garda toute sa crainte ;
Disons que ses bienfaits versez à pleines mains
Luy gagnent le respect & l’amour des Humains,
Et qu’au moindre danger dont elle est menacée
Toute la Terre en deuïl se montre interessée :
Disons qu’au plus haut point de l’absolu pouuoir,
Sans faste & sans orgueil sa grandeur s’est fait voir;
Qu'aux temps les plus fácheux, sa sagesse constante,
Sans crainte a soutenu l’autorité penchante;
Et dans le calme heureux, par ses trauaux acquis,
Sans regret la remit dans les mains de son Fils.
Disons par quels respects, par quelle complaisance,
De ce Fils glorieux, l’amour la récompense;
Vantons les longs trauaux, vantons les justes loix,
De ce Fils reconnu pour le plus grand des Roys;
Et comment cette Mere heureusement feconde,
Ne donnant que deux fois a donné tout au Monde.
Enfin faisons parler nos soupirs & nos pleurs
Pour la rendre sensible à nos viues douleurs,
Et nous pourrons trouuer au fort de notre peine
Vn refuge paisible aux pieds de cette Reyne.

DIRCÉ.

Ie sçay bien que son coeur noblement genereux,
Ecoute auec plaisir la voix des malheureux ;
Mais on ne voit jamais éclatter sa puissance
Qu’à repousser le tort qu’on fait à l’innocence ;
Ie sçay qu’elle peut tout, mais je n’ose penser,
Que jusqu’à nous deffendre on la vit s’abaisser,
De nos douces erreurs elle peut être instruitte,
Et rien n’est plus contraire à sa rare Conduite,
Son zele si connu pour le culte des Dieux
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Doit rendre à sa vertu nos respects odieux,
Et loin qu’à son abord mon effroy diminuë
Malgré moy je le sens qui redouble à sa veuë.

ALCINE.

Ah ! ma propre frayeur suffit pour m’affliger :
Loin d’aigrir mon ennuy, cherche à le soulager,
Et tâche de fournir, à mon Ame oppressée,
Dequoy parer aux maux dont elle est menacée.
Redoublons cependant les Gardes du Palais,
Et s’il n’est point pour nous d’azile desormais,
Dans nótre desespoir cherchons nótre deffense,
Et ne nous rendons pas au moins sans resistance.